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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 00:37

La gestion du littoral est un souci local mais également national voire européen. Les vacances en bord de mer restent un atout touristique majeur de notre pays.

 

La consommation croissante de produits chimiques aussi bien en agriculture que dans notre vie quotidienne ; la faible distance entre la sortie des eaux de la station d'épuration et la côte ; des équipements non adaptés à l’augmentation de la population estivale,  sont autant de facteurs qui ne facilitent pas la gestion de la pollution du bord de mer. Si les algues vertes produisent une pollution bien visible et la côte bretonne en est un exemple spectaculaire, la pollution des stations d’épuration est sournoise, invisible et d’ampleur nationale. La pollution du littoral provient des stations du littoral mais également de celles qui rejettent leurs pollutions tout au long des cours d’eau et qui finissent par rejoindre les mers et les océans en polluant au passage les bords du littoral à proximité des embouchures.

 

L'Agglomération Côte basque-Adour ( constituée de cinq communes : Bayonne, Anglet , Biarritz , Boucau et Bidart ) a diffusé un dossier de presse qui nous permet d’entrevoir la gestion des eaux d’une collectivité du littoral en collaboration avec l’Agence de l’eau Adour-Garonne apportant un large soutien financier. L’amélioration de la qualité des eaux de baignade* qui est prise au niveau de l’agglomération concerne Bidart et le cours d’eau Uhabia pour un montant d’environ 14 millions d’euros dont la moitié sera financée par la Région, le Département et l’Agence de l’eau.

 

* Du point de vue de la réglementation, nous avons vu dans l'article prédédent que la qualité d'une eau de baignade ne dépend que de sa contamination bactériologique. 

 

Le projet : éloigner la pollution des côtes*

 

Une canalisation ( émissaire ) va rejeter à 500 mètres de la côte :

 

1 / Les eaux de la station d’épuration « pour empêcher tout retour de pollution sur les plages » et « de façon à assurer la dispersion et la dilution des affluents sans risquer de compromettre la qualité des eaux littorales et du milieu » ;

 

2 / Une partie du débit de l’Uhabia par temps de pluie ;

 

3 / La surverse d’un bassin de stockage d’eaux pluviales qui reçoit également les rejets de la station d’épuration.

 

Vraisemblablement ce bassin est un «  trop plein » de la station d’épuration, indispensable par temps de pluie et surtout aux heures de saturation en période estivale car la capacité de la station étant limitée, le débit devient trop important en sortie pour un traitement acceptable. C'est le gros problème de gestion de toutes les stations d'épuration des lieux touristiques lorsque les bassins ne sont pas suffisamment surdimensionnés. Des solutions des plus farfelues, sont parfois envisagées ou mises en oeuvre.

 step-uhabia-1

 

Une porte à clapets permet de dévier les eaux de l’Uhabia

en pleine mer via l’émissaire.

 

 

Comment ça marchera ? D’après le dossier de presse.

 

« - Les eaux traitées de la station d’épuration seront rejetées en mer à environ 500 mètres de la côte via l’émissaire.

 

- L’hiver ( mi-septembre / mi-mai ) et l’été par temps sec, la porte de l’Uhabia reste ouverte et le flux s’écoule normalement permettant une absence totale d’impact du dispositif sur le risque inondation et sur les migrations piscicoles.

 

- L’été, par temps de pluie d’occurrence inférieur à la pluie mensuelle, la porte se ferme à marée descendante. Le flux de l’Uhabia est alors dirigé vers une station de pompage qui renvoi le flux vers l’émissaire. La station de pompage est alimentée par un ouvrage de prise équipée de grilles empêchant les poissons d’entrer dans le dispositif. Afin de permettre les migrations, des passes à poissons sont aménagées sur le côté de la porte. Pour éviter le risque d’inondation lié à la fermeture de la porte, un bassin de 35 000 m3 est positionné en amont et permet de stocker l’excédent d’eau qui ne sera pas repris par les pompes. À marée montante la porte est rouverte dès équilibre des nappes de part et d’autre.

 

- L’été, par temps de pluie d’occurrence supérieure à la pluie mensuelle, la porte est ouverte et la plage est fermée à la baignade de manière préventive. »

 

* Déplacer la pollution plutôt que de dépolluer, telle est la gestion nationale de nos Politiques.

 

Rêvons en ce début d’année 2012

 

Et si l’on avait choisi la dépollution en traitant l’eau de la station d’épuration par ultrafiltration avant de la rejeter en mer , avec le procédé d’une usine d’eau potable ? Cette dépollution est utilisée pour le rejet dans les lacs où la concentration en polluants à atteint des limites inquiétantes. L’Océan est plus volumineux mais les rejets y sont innombrables et les conséquences seront de toutes façons inévitables à plus ou moins longs termes. Laisser aux futures générations les problèmes qui dérangent notre confort quotidien et dépenser sans compter ni prévoir est une des gangrènes de notre société.

 

En comparaison avec les investissements faits par la Communauté de communes de Parthenay pour construire une usine d’eau potable utilisant ce procédé : avec 14 millions d’euros* la collectivité aurait pu construire une unité de dépollution par ultrafiltration pour traiter pas moins de 1 700 000 de mètres cube d’eau par an soit 4500 m3 par jour. Le débit de la station d'épuration étant de 3750 m3 par jour pour une capacité de 25 000 équivalent-habitants ( * avec en bonus la pose de 30 km de canalisation d’eau ). Ce qui précède a simplement pour but de relativiser les coûts de dépollution. Il coulera encore beaucoup d’eau polluée dans nos rivières avant de voir évoluer nos mœurs.

 

step-littoral-copie-1

 

step-bio

 

Revoir cet incroyable information d'igepac ici :

http://pesticides.igepac.over-blog.com/article-legumes-bio-avec-le-label-step-station-d-epuration-80334896.html /

 

 

sourire bbDes boucs pour l'émissaire

 

Terminons sur une bonne plaisanterie basque mais bien française : « C’est pas moi, le citadin avec ma station d’épuration qui pollue ma plage, ce sont les autres ... les ruraux … »

 

Dans un article du Journal du Pays Basque ( lejpb.com ), Christian Barragué, adjoint au maire de Bidart en charge des travaux, nous explique le fonctionnement de la porte à clapet qui crée la polémique : “ L’Uhabia, par temps sec, ne présente aucun danger de pollution sur les plages. Le souci existe en cas de fortes averses* car elle reçoit toutes les eaux de pluie du bassin-versant, qui sont polluées (agriculture, assainissement non collectif (fosse sceptique) et pollution des eaux de ruissellement). Pour que nos analyses soient satisfaisantes, il faut en outre installer une porte sur l’embouchure de l’Uhabia et un émissaire en mer de 700 m (350 m en terre, 350 m en mer). Cette porte fermée par mauvais temps permettra de recréer un immense bassin naturel de rétention : le lit de la rivière, dont les effluents seront évacués de nuit par l’émissaire en mer ”.

 

Maintenant nous savons que les fosses septiques polluent par temps de pluie. Une explication moins grotesque : les champs sur lesquels Monsieur l’adjoint épand les boues de sa station d’épuration, polluent la rivière certes mais par gros orage uniquement, lorsque l’eau de pluie n’a pas le temps de s’infiltrer dans le sol.

 

* ??? " Le souci existe en cas de fortes averses " et pourtant le dossier de presse explique que " L’été, par temps de pluie d’occurrence supérieure à la pluie mensuelle, la porte est ouverte et la plage est fermée à la baignade de manière préventive. "

 

_________________

 

Certes, pour le tourisme local, la pollution visuelle par temps de fortes pluies est loin d'être négligeable mais ce n'est certainement pas la plus gênante d'un point de vue sanitaire. La pollution journalière des stations d'épuration est le véritable souci des collectivités du littoral, mais comme il est de notoriété publique que " ma station ne pollue pas " ...

 

Pour clore cet article de porte à clapets, je ferme le mien et je vous souhaite une bonne année 2012, et de bonnes vacances ... sur cette merveilleuse côte basque.   

 

EUROS-porte-2.PNG

 

step-uhabia-41.PNG

 

step-uhabia-4.PNG

 

 

  

Site de l'agglomération :

http://www.agglocotebasque.fr/

 

 

 

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Published by Pierre PETIT - dans STATION d'épuration
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