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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 00:09

 

Le XVIII ième siècle et ses femmes

Libertines ou Vertueuses 

 

 Olympe-de-Gouges.PNG

 

Marie Gouze, dite Marie-Olympe de Gouges est née à Montauban le 7 mai 1748. Femme de lettres, elle fut aussi une femme politique d’un courage exemplaire. Pionnière à son époque, elle témoignera du passage de l’émancipation intellectuelle des femmes philosophes à la politique, à l ‘égal de l’homme.

 

« Auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, elle a laissé de nombreux écrits en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l’abolition de l’esclavage des Noirs. Elle est devenue emblématique des mouvements pour la libération des femmes, pour l’humanisme en général, et l’importance du rôle qu’elle a joué dans l’histoire des idées a été considérablement estimé et pris en compte dans les milieux universitaires. »

 

Elle mourut guillotinée à Paris le 3 novembre 1793 pour avoir osé être Républicaine comme beaucoup trop de citoyens de l’époque qui ne partageaient pas la folie des chefs révolutionnaires au Pouvoir.

 

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Extraits de son testament politique, cinq mois avant son exécution.

 

O divine providence ! toi qui dirigeas toujours mes actions, je n’invoque que toi seule, les hommes ne sont plus en état de m’entendre. Dispose de mes jours, accélères-en le terme. Mes yeux fatigués du douloureux spectacle de leurs dissensions, de leurs trames criminelles, n’en peuvent plus soutenir l’horreur. Si je dois périr par le fer des contre-révolutionnaires de tous les partis, inspire moi dans mes derniers moments, et donne moi le courage et la force de confondre les méchants et de servir encore une fois, si je le puis, mon pays, avant mon heure suprême !

 

... Ou si, pour arriver jusqu’aux jours de tes terribles vengeances, il te (la providence) faut le sang pur et sans tache de quelques victimes innocentes, ajoute à cette grande proscription, celui d’une femme.

 

Voyant mes écrits, mes efforts impuissants pour rappeler les hommes à la plus douce des morales, à cette touchante fraternité qui pouvait seule sauver la patrie, je pleurais, dans le silence, un fils qui avait versé son sang pour elle sur les frontières, et qui m’a été rendu par un de ces miracles dont toi seule, ô providence ! dirige les bienfaits,

 

Homme égarés par des passions délirantes, qu’avez-vous fait, et quels maux incalculables n’avez-vous pas amassés sur Paris, sur la France entière ? Vous avez hasardé le tout pour le tout, dit-on ; vous vous êtes flattés que, pour, sauver la chose publique, il ne s’agissait que d’une grande proscription ; que les départements, pénétrés de terreur, adopteraient aveuglément ces horribles mesures : si vous ne vous êtes point trompés, si trente-deux victimes peuvent éteindre les haines et les passions, si elles peuvent faire déclarer, par les puissances étrangères, la république indépendante, et détruire l’armée des contre-révolutionnaires, hâtez-vous de faire couler leur sang sur les échafauds ; je vous offre une victime de plus. Vous cherchez le premier coupable ? C’est moi ; frappez.

 

C’est moi qui, dans ma défense officieuse pour Louis Capet, ai prêché, en vraie républicaine, la clémence des vainqueurs pour un tyran détrôné ; c’est moi qui ai donné l’idée de l’appel au peuple ; c’est moi enfin qui voulais, par cette grande mesure, briser tous les sceptres, régénérer les peuples, et tarir les ruisseaux de sang qui coulent depuis cette époque pour cette cause. Voilà mon crime, Français, il est temps de l’expier au milieu des bourreaux.

 

Mais si, par un dernier effort, je puis encore sauver la chose publique, je veux que, même en m’immolant à leur fureur, mes sacrificateurs, envient mon sort. Et si les Françaises, un jour sont désignées à la postérité, peut-être ma mémoire lui sera-t-elle chère. J’ai tout prévu, je sais que ma mort est inévitable ; mais qu’il est glorieux, qu’il est beau pour une âme bien née, quand une mort ignominieuse menace tous les bons citoyens, de mourir pour la patrie expirante ! Je n’accuse directement personne ; mais enfin que ferez-vous, que deviendrez-vous, hommes de sang, si les départements s’élèvent contre Paris, et s’arment pour la défense des dépôts sacrés qu’ils vous ont confiés dans la personne de leurs mandataires ?

 

Vous exaspérez le peuple qui, dans son aveuglement, ira les immoler et satisfaire à votre vengeance ; mais échapperez-vous, après ce crime à ce peuple revenu de son égarement, à ce retour de l’opinion publique, sur laquelle vous avez échafaudé vos criminelles espérances ? Non. Je crois le voir, ce peuple, tel qu’on nous peint l’être suprême au jugement dernier, terrible dans sa justice, vous demander compte du sang que vous lui aurez fait verser, et du péril éminent où vos fureurs l’auront entraîné. Ah ! s’il en est temps encore, hommes égarés (car je ne puis m’adresser qu’à ceux qui n’ont que la tête perdue ), mettez un frein à vos haines et à vos vengeances ! Pour ces âmes abjectes, vendues aux puissances étrangères, et qui la torche et le fer à la main, prêchant le républicanisme, nous conduisent évidemment au plus horrible esclavage, leur supplice, un jour, égalera leurs forfaits ;

 

C’est donc à vous, dis-je, citoyens égarés, d’ouvrir les yeux sur la ruine prochaine de votre malheureuse patrie, d’arrêter ces torrents destructeurs débordés de toutes parts vers cette cité. Et vous, représentants de la nation, qui, pour sauver la chose publique de Paris, n’avez point, par cette mesure, sauvé celle de la France entière, vous avez sacrifié trente-deux de vos dignes collègues à des haines personnelles qui bientôt vous demanderont des actes d’accusation sans pouvoir citer un seul fait contre les accusés, savez-vous ce qui vous reste à faire, si persuadés de leur innocence, un crime plus inique peut vous forcer à rendre ces affreux décrets contre votre conscience, surpassez, s’il se peut, les Romains en courage et en vertu ?

 

Rappelez ces victimes dans votre sein et présentez vos têtes au peuple. Revêtus de la souveraineté nationale, quels coups pourront aller jusqu’à vous ? Et si par un de ces forfaits inconnus au monde, les furieux parvenaient à se faire un passage sur les corps mourants des bons citoyens qui s’armeront pour vous défendre, mourez du moins dignes de nos justes regrets et de l’admiration de la postérité.

 

 

Comment est-il possible de prêcher avec véhémence ce qu’on ne pense pas ? Comment peut-on avec autant d’audace tromper le peuple et mettre sur le compte d’autrui les résultats de ses propres crimes ? Si ces hommes dominent, c’en est fait de la liberté et de l’égalité. La tyrannie s’avance à pas de géant par nos dissensions. Citoyens ! vous pouvez me donner la mort ; mais vous vous rappellerez malgré vous mes prédictions et mes vertus civiques. Il est temps de faire l’énumération de mes legs, qui ne seront peut-être pas indifférents à la société, et dans lesquels je me permettrai un peu de cette gaieté que j’ai toujours mise dans tout ce qui me concerne.

 

Je lègue mon cœur à la patrie, ma probité aux hommes (ils en ont besoin). Mon âme aux femmes, je ne leur fais pas un don indifférent ; mon génie créateur aux auteurs dramatiques, ils ne leur sera pas inutile, surtout ma logique théâtrale au fameux Chesnier ; mon désintéressement aux ambitieux, ma philosophie aux persécutés, mon esprit aux fanatiques, ma religion aux athées, ma gaieté franche aux femmes sur le retour et tous les pauvres débris qui me restent d’une fortune honnête, à mon héritier naturel, à mon fils, s’il me survit.

 

Quant à mes pièces de théâtre, en manuscrits, on en trouvera quelques centaines, je les donne à la comédie française ; si par son art magique et sublime, elle croit, après ma mort, mes productions dignes de figurer sur son théâtre, c’est assez lui prouver que je rends justice à son talent inimitable. J’aurais voulu, avant ma mort, laisser un extrait d’une vie bien intéressante, par la bizarrerie de mon étoile, depuis ma naissance ; mais si le sort a destiné à mes jours une fin prompte et glorieuse, je laisserai à deviner aux hommes sensibles, s’il en est encore, ce que peut avoir éprouvé une victime du fanatisme, qui avait des droits à la fortune et au nom d’un père célèbre.

 

Français, voici mes dernières paroles, écoutez-moi dans cet écrit, et descendez dans le fond de votre cœur : y reconnaissez-vous les vertus sévères et le désintéressement des républicains ? Répondez : qui de vous ou de moi chérit et sert le mieux la patrie ? Vous êtes presque tous de mauvaise foi. Vous ne voulez ni la liberté ni la parfaite égalité.

 

L’ambition vous dévore ; et ce vautour qui vous ronge et vous déchire sans relâche, vous porte au comble de tous les excès.Peuple aimable, devenu trop vieux, ton règne est passé, si tu ne l’arrêtes sur le bord de l’abîme. Jamais tu ne fus plus grand, plus sublime que dans le calme majestueux que tu sus garder au milieu des orages sanguinaires, dont les agitateurs viennent de t’environner ; rappelle-toi qu’on peut te rendre les mêmes pièges ; et si tu peux conserver ce calme et cette auguste surveillance, tu sauves Paris, la France entière et le gouvernement républicain.

 

C’est toi Danton que je choisis pour le défenseur des principes que j’ai développé à la hâte et avec abondance de cœur dans cet écrit. Quoique nous différions dans la manière de manifester notre opinion, je ne te rends pas moins la justice qui t’est due, et je suis persuadée que tu me la rends aussi ; j’en appelle à ton profond discernement, à ton grand caractère ; juges-moi. Je ne placarderai pas mon testament ; Je n’incendierai pas le peuple de Paris ni les départements ; je l’adresse directement, et avec fermeté, aux jacobins, au département, à la commune, aux sections de Paris, où se trouve la majorité saine des bons citoyens, qui, quels que soient les efforts des méchants, sauvera la chose publique.

 

Signé, OLYMPE DE GOUGES.

Ce 4 Juin 1793, l’an deuxième de la

république française.

 

Le texte en entier :

http://fr.wikisource.org/wiki/Testament_politique_d%E2%80%99Olympe_de_Gouges /

 

Sa vie :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Olympe_de_Gouges /

 

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La liberté, l'égalité, la tolérance,

dans notre " République " 

aujourd'hui, au quotidien :

 

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 00:30

 

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En voulant connaître la gestion de notre eau puis comprendre l’absence de traces républicaines dans mes analyses, je me retrouve transposé logiquement au XVIII ième siècle, aux sources de nos sociétés dites « occidentales ». Découvrir ce siècle c’est comprendre le notre. Tout y a été dit, écrit. Si l’évolution des sciences et technologies nous font voir certaines avancées positives de notre confort de vie, les écrits des anciens nous prouvent que l’évolution des cerveaux de l’Homme est nulle depuis ces temps où l'Homme créa les lumières.

 

Pendant cette période de renouvellement de notre gouvernance, propice à la réflexion (?), posons-nous cette question :

- Vivons-nous aujourd'hui dans un siècle éclairé ?

 

Le texte ci-dessous ne va pas nous donner la réponse mais il sera un repère à notre réflexion. En 1784 Kant répond à cette question :

« Qu’est-ce que les lumières ? ».

 

« Les lumières sont ce qui fait sortir l’homme de la minorité qu’il doit s’imputer à lui-même. La minorité consiste dans l’incapacité où est l’homme de se servir de son intelligence sans être dirigé par autrui. Il doit s’imputer à lui-même cette minorité quand elle n’a pas pour cause le manque d’intelligence, mais l’absence de la résolution et du courage nécessaires pour user de son esprit sans être guidé par un autre. « Sapere aude », aie le courage de te servir de ta propre intelligence ! Voilà donc la devise des lumières.

 

La paresse et la lâcheté sont les causes qui font qu’une si grande partie des hommes, après avoir été depuis longtemps affranchis par la nature de toute direction étrangère, restent volontiers mineurs toute leur vie, et qu’il est si facile aux autres de s’ériger en tuteurs. Il est si commode d’être mineur ! J’ai un livre qui a de l’esprit pour moi, un directeur qui a de la conscience pour moi, un médecin qui juge pour moi du régime qui me convient, etc. ; pourquoi me donnerais-je de la peine ? Je n’ai pas besoin de penser, pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront pour moi de cette ennuyeuse occupation. Que la plus grande partie des hommes (et avec eux le beau sexe tout entier) tiennent pour difficile, même pour très-dangereux, le passage de la minorité à la majorité ; c’est à quoi visent avant tout ces tuteurs qui se sont chargés avec tant de bonté de la haute surveillance de leurs semblables.

 

Après les avoir d’abord abêtis en les traitant comme des animaux domestiques, et avoir pris toutes leurs précautions pour que ces paisibles créatures ne puissent tenter un seul pas hors de la charrette où ils les tiennent enfermés, ils leur montrent ensuite le danger qui les menace, s'ils essayent de marcher seuls. Or ce danger n'est pas sans doute aussi grand qu'ils veulent bien le dire, car, au prix de quelques chutes, on finirait bien par apprendre à marcher ; mais un exemple de ce genre rend timide et dégoûte ordinairement de toute tentative ultérieure.

 

Il est donc difficile pour chaque individu en particulier de travailler à sortir de la minorité qui lui est presque devenue une seconde nature. Il en est même arrivé à l'aimer, et provisoire­ment il est tout à fait incapable de se servir de sa propre intel­ligence, parce qu'on ne lui permet jamais d'en faire l'essai. Les règles et les formules, ces instruments mécaniques de l'usage rationnel, ou plutôt de l'abus de nos facultés naturelles, sont les fers qui nous retiennent dans une éternelle minorité. Qui parviendrait à s'en débarrasser, ne franchirait encore que d'un saut mal assuré les fossés les plus étroits, car il n'est pas accoutumé à d'aussi libres mouvements. Aussi n'arrive-t-il qu'à bien peu d'hommes de s'affranchir de leur minorité par le travail de leur propre esprit, pour marcher ensuite d'un pas sûr.

 

Mais que le public s'éclaire lui-même, c'est ce qui est plutôt possible ; cela même est presque inévitable, pourvu qu'on lui laisse la liberté. Car alors il se trouvera toujours quelques libres penseurs, même parmi les tuteurs officiels de la foule, qui, après avoir secoué eux-mêmes le joug de la minorité, répandront autour d'eux cet esprit qui fait estimer au poids de la raison la vocation de chaque homme à penser par lui-même et la valeur personnelle qu'il en retire. Mais il est curieux de voir le public, auquel ses tuteurs avaient d'abord imposé un tel joug, les contraindre ensuite eux-mêmes de continuer à le subir, quand il y est poussé par ceux d'entre eux qui sont incapables de toute lumière. Tant il est dangereux de semer des préjugés ! car ils finissent par retomber sur leurs auteurs ou sur les successeurs de leurs auteurs. Le public ne peut donc arriver que lentement aux lumières. Une révolution peut bien amener la chute du despotisme d'un individu et de l'oppression d'un maître cupide ou ambitieux, mais jamais une véritable réforme dans la façon de penser ; de nouveaux préjugés serviront, tout aussi bien que les anciens, à conduire les masses aveugles.

 

La diffusion des lumières n'exige autre chose que la liberté, et encore la plus inoffensive de toutes les libertés, celle de faire publiquement usage de sa raison en toutes choses. Mais j'en­tends crier de toutes parts : ne raisonnez pas. L'officier dit : ne raisonnez pas, mais exécutez ; le financier : ne raisonnez pas, mais payez ; le prêtre : ne raisonnez pas, mais croyez. (Il n'y a qu'un seul maître dans le monde qui dise : raisonnez tant que vous voudrez et sur tout ce que vous voudrez, mais obéissez.). Là est en général la limite de la liberté.

 

Mais quelle limite est un obstacle pour les lumières ? Quelle limite, loin de les entraver, les favorise ?

— Je réponds : l'usage public de sa raison doit toujours être libre, et seul il peut répandre les lumières parmi les hommes ; mais l'usage privé peut souvent être très étroitement limité, sans nuire beaucoup pour cela aux progrès des lumières.

 

J'entends par usage public de sa raison celui qu'en fait quelqu'un, à titre de savant, devant le public entier des lecteurs. J'appelle au contraire usage privé celui qu'il peut faire de sa raison dans un certain poste civil ou une certaine fonction qui lui est confiée. Or il y a beaucoup de choses, intéressant la chose publique, qui veulent un certain mécanisme, ou qui exigent que quelques membres de la société se conduisent d'une manière purement passive, afin de concourir, en entrant pour leur part dans la savante harmonie du gouvernement, à certaines fins publiques, ou du moins pour ne pas les contrarier. Ici sans doute il n'est pas permis de raisonner, il faut obéir.

 

… Il serait fort déplorable qu'un officier, ayant reçu un ordre de son supérieur, voulût raisonner tout haut, pendant son service, sur la convenance ou l'utilité de cet ordre ; il doit obéir. Mais on ne peut équitablement lui défendre, comme savant, de faire ses remarques sur les fautes commises dans le service de la guerre, et de les soumettre au jugement de son public.

Un citoyen ne peut refuser de payer les impôts dont il est frappé ; on peut même punir comme un scandale (qui pourrait occasionner des résistances générales) un blâme intempestif des droits qui doivent être acquittés par lui. Mais pourtant il ne manque pas à son devoir de citoyen en publiant, à titre de savant, sa façon de penser sur l'inconvenance ou même l'iniquité de ces impositions. »

 

… Si donc on demande : vivons-nous aujourd'hui dans un siècle éclairé ? je réponds : non, mais bien dans un siècle de lumières. Il s'en faut de beaucoup encore que, dans le cours actuel des choses, les hommes, pris en général, soient déjà en état ou même puissent être mis en état de se servir sûrement et bien, sans être dirigés par autrui, de leur propre intelligence dans les choses de religion ; mais qu'ils aient aujourd’hui le champ ouvert devant eux pour travailler librement à cette œuvre, et que les obstacles, qui empêchent la diffusion générale des lumières ou retiennent encore les esprits dans un état de minorité qu’ils doivent s’imputer à eux-mêmes, diminuent insensiblement, c’est ce dont nous voyons des signes manifestes. Sous ce rapport, ce siècle est le siècle des lumières.

 

… Les hommes travaillent d’eux-mêmes à sortir peu à peu de la barbarie,

pourvu qu’on ne s’applique pas à les y retenir. »

 

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Notre XXI ième siècle s’annonce bien comme celui des ténèbres à en croire Emmanuel Kant si nous admettons sa définition des lumières. Internet procure quelques rayons de lumière mais qui sont réservés à des citoyens déjà bien éclairés.

 

Kant conclut superbement ce texte en nous proposant un des paradoxes de l’Humain, toujours d’actualité : « Un degré supérieur de liberté civile semble favorable à la liberté de l'esprit du peuple, et pourtant il lui oppose des bornes infranchissables ».

 

Plus les Hommes sont « libres », plus ils sont « instruits » et plus ils se retrouvent en esclavage dans leur vie quotidienne et dans leur tête avec en plus et toujours les religions qui les y précipitent. La République laïque ne fut qu’une utopie de nos aïeuls … souhaitons qu'elle soit à nouveau celle  de générations futures.

 

- Version texte :

http://fr.wikisource.org/wiki/Qu%E2%80%99est-ce_que_les_Lumi%C3%A8res_%3F /

- Version audio :

http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/kant-emmanuel-quest-ce-que-les-lumieres.html /

 

 

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 17:00

 

 Jean-Jacques au goût du jour

 

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Extraits

 

LIVRE QUATRIÈME

A PROPOS DU GOUT

 

Le spectacle de la société mondaine invite Émile à réfléchir sur les principes du goût. Le goût est la faculté de juger ce qui plaît ou déplaît généralement. Il varie selon les climats et les mœurs. Les modèles du goût sont dans la nature, mais le luxe le fausse souvent. Dans les pays où le goût est dégénéré on apprend cependant à penser avec subtilité ; à cet égard, il n'est pas mauvais de vivre un certain temps dans des lieux où règne le mauvais goût, quitte à rectifier ensuite son jugement au sein d'une société plus simple.

….

Il y a des états qui semblent changer la nature, et refondre, soit en mieux, soit en pis, les hommes qui les remplissent. Un poltron devient brave en entrant dans le régiment de Navarre.

 

Ce n'est pas seulement dans le militaire que l'on prend l'esprit de corps, et ce n'est pas toujours en bien que ses effets se font sentir. J'ai pensé cent fois avec effroi que si j'avais le malheur de remplir aujourd'hui tel emploi que je pense en certain pays, demain je serais presque inévitablement tyran, concussionnaire, destructeur du peuple, nuisible au prince, ennemi par état de toute humanité, de toute équité, de toute espèce de vertu.

 

De même, si j'étais riche, j'aurais fait tout ce qu'il faut pour le devenir ; je serais donc insolent et bas, sensible et délicat pour moi seul, impitoyable et dur pour tout le monde, spectateur dédaigneux des misères de la canaille, car je ne donnerais plus d'autre nom aux indigents, pour faire oublier qu'autrefois je fus de leur classe. Enfin je ferais do ma fortune l'instrument de mes plaisirs, dont je serais uniquement occupé ; et jusque-là je serais comme tous les autres.

 

Mais en quoi je crois que j'en différerais beaucoup, c'est que je serais sensuel et voluptueux plutôt qu'orgueilleux et vain, et que je me livrerais au luxe de mollesse bien plus qu'au luxe d'ostentation. J'aurais même quelque honte d'étaler trop ma richesse, et je croirais toujours voir l'envieux que j'écraserais de mon faste dire à ses voisins à l'oreille : Voilà un fripon qui a grand'peur de n'être pas connu pour tel.

 

De cette immense profusion de biens qui couvrent la terre, je chercherais ce qui m'est le plus agréable et que je puis le mieux m'approprier. Pour cela, le premier usage de ma richesse serait d'en acheter du loisir et la liberté, à quoi j'ajouterais la santé, si elle était à prix ;mais comme elle ne s'achète qu'avec la tempérance, et qu'il n'y a point sans la santé de vrai plaisir dans la vie, je serais tempérant par sensualité.

 

Je resterais toujours aussi près de la nature qu'il serait possible pour flatter les sens que j'ai reçus d'elle, bien sûr que plus elle mettrait du sien dans mes jouissances, plus j'y trouverais de réalité. Dans le choix des objets d'imitation je la prendrais toujours pour modèle; dans mes appétits je lui donnerais la préférence ; dans mes goûts je la consulterais toujours ; dans les mets je voudrais toujours ceux dont elle fait le meilleur apprêt et qui passent par le moins de mains pour parvenir sur nos tables. Je préviendrais les falsifications de la fraude, j'irais au-devant du plaisir. Ma sotte et grossière gourmandise n'enrichirait point un maître d'hôtel ; il ne me vendrait point au poids de l'or du poison pour du poisson ; ma table ne serait point couverte avec appareil de magnifiques ordures et charognes lointaines ; je prodiguerais ma propre peine pour satisfaire ma sensualité, puisque alors cette peine est un plaisir elle-même, et qu'elle ajoute à celui qu'on en attend.

 

Si je voulais goûter un mets du bout du monde, j'irais, comme Apicius, plutôt l'y chercher, que de l'en faire venir * ; car les mets les plus exquis manquent toujours d'un assaisonnement qu'on n'apporte pas avec eux, et qu'aucun cuisinier ne leur donne l'air du climat qui les a produits.

 

Par la même raison, je n'imiterais pas ceux qui, ne se trouvant bien qu'où ils ne sont point, mettent toujours les saisons en contradiction avec elles-mêmes, et les climats en contradiction avec les saisons ; qui, cherchant l'été en hiver, et l'hiver en été, vont avoir froid en Italie et chaud dans le nord, sans songer qu'en croyant fuir la rigueur des saisons ils la trouvent dans les lieux où l'on n'a point appris à s'en garantir. Moi, je resterais en place, ou je prendrais tout le contre-pied : je voudrais tirer d'une saison tout ce qu'elle a d'agréable, et d'un climat tout ce qu'il a de particulier. J'aurais une diversité de plaisirs et d'habitudes qui ne se ressembleraient point, et qui seraient toujours dans la nature; j'irais passer l'été à Naples, et l'hiver à Pétersbourg ; tantôt respirant un doux zéphir à demi couché dans les fraîches grottes de Tarente ; tantôt dans l'illumination d'un palais de glace, hors d'haleine et fatigué des plaisirs du bal.

 

Je voudrais dans le service de ma table, dans la parure de mon logement, imiter par des ornements très simples la variété des saisons, et tirer de chacune toutes ses délices, sans anticiper sur celles qui la suivront. Il y a de la peine et non du goût à troubler ainsi l'ordre de la nature ; à lui arracher des productions involontaires qu'elle donne à regret dans sa malédiction, et qui, n'ayant ni qualité ni saveur, ne peuvent ni nourrir l'estomac, ni flatter le palais. Rien n'est plus insipide que les primeurs ; ce n'est qu'à grands frais que tel riche de Paris, avec ses fourneaux et ses serres chaudes, vient à bout de n'avoir sur sa table toute l'année que de mauvais légumes et de mauvais fruits. Si j'avais des cerises quand il gèle, et des melons ambrés au cœur de l'hiver, avec quel plaisir les goûterais-je quand mon palais n'a besoin d'être humecté ni rafraîchi ?

 

Dans les ardeurs de la canicule, le lourd marron me serait-il fort agréable ? Le préférerais-je sortant de la poêle à la groseille, à la fraise et aux fruits désaltérants qui me sont offerts sur la terre sans tant de soins ? Couvrir sa cheminée au mois de janvier de végétations forcées, de fleurs pâles et sans odeur, c'est moins parer l'hiver que déparer le printemps : c'est s'ôter le plaisir d'aller dans les bois chercher la première violette, épier la premier bourgeon, et s'écrier dans un saisissement de joie : Mortels, vous n'êtes pas abandonnés, la nature vit encore.

 

Le texte complet ici /

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 00:22

Tant qu'il y aura des Hommes

A François S.

 

Jean-Jacques Rousseau, né le 28 juin 1712 à Genève et mort le 2 juillet 1778 à Ermenonville. Ecrivain-philosophe, royaliste et croyant en Dieu, Rousseau a étudié la société des Hommes et nous a laissé de nombreux textes qui sont toujours d'actualité dans notre pseudo-république et qui peuvent servir de leçons de morale à bons nombres de nos congénères qui gèrent notre société humaine.

 

Jean-Jacques_Rousseau.jpg

  

 

Un extrait Du contrat social Livre IV - chapitre I 

  

 

Que la volonté générale est indestructible

 

Tant que plusieurs hommes réunis se considèrent comme un seul corps, ils n'ont qu'une seule volonté qui se rapporte à la commune conservation et au bien-être général. Alors tous les ressorts de l'État sont vigoureux et simples, ses maximes sont claires et lumineuses il n'a point d'intérêts embrouillés, contradictoires le bien commun se montre partout avec évidence, et ne demande que du bon sens pour être aperçu. La paix, l'union, l'égalité, sont ennemies des subtilités politiques. Les hommes droits et simples sont difficiles à tromper à cause de leur simplicité : les leurres, les prétextes raffinés ne leur en imposent point, ils ne sont pas même assez fins pour être dupes. Quand on voit chez le plus heureux peuple du monde des troupes de paysans régler les affaires de l'État sous un chêne et se conduire toujours sagement, peut-on s'empêcher de mépriser les raffinements des autres nations, qui se rendent illustres et misérables avec tant d'art et de mystère ?

 

Un État ainsi gouverné a besoin de très peu de lois et, à mesure qu'il devient nécessaire d'en promulguer de nouvelles, cette nécessité se voit universellement. Le premier qui les propose ne fait que dire ce que tous ont déjà senti, et il n'est question ni de brigues ni d'éloquence pour faire passer en loi ce que chacun a déjà résolu de faire, sitôt qu'il sera sûr que les autres le feront comme lui.

 

Ce qui trompe les raisonneurs, c'est que, ne voyant que des États mal constitués dès leur origine, ils sont frappés de l'impossibilité d'y maintenir une semblable police ; ils rient d'imaginer toutes les sottises qu'un fourbe adroit, un parleur insinuant pourrait persuader au peuple de Paris ou de Londres. Ils ne savent pas que Cromwell eût été nus aux sonnettes par le peuple de Berne, et le duc de Beaufort à la discipline par les Genevois.

 

Mais quand le noeud social commence à se relâcher et l'État à s'affaiblir, quand les intérêts particuliers commencent à se faire sentir et les petites sociétés à influer sur la grande, l'intérêt commun s'altère et trouve des opposants : l'unanimité ne règne plus dans les voix ; la volonté générale n'est plus la volonté de tous ; il s'élève des contradictions, des débats ; et le meilleur avis ne passe point sans disputes.

 

Enfin, quand l'État, près de sa ruine, ne subsiste plus que par une forme illusoire et vaine, que le lien social est rompu dans tous les coeurs, que le plus vil intérêt se pare effrontément du nom sacré du bien public, alors la volonté générale devient muette ; tous, guidés par des motifs secrets, n'opinent pas plus comme citoyens que si l'État n'eût jamais existé ; et l'on fait passer faussement sous le nom de lois des décrets iniques qui n'ont pour but que l'intérêt particulier.

 

S'ensuit-il de là que la volonté générale soit anéantie ou corrompue ? Non : elle est toujours constante, inaltérable et pure ; mais elle est subordonnée à d'autres qui l'emportent sur elle.

 

Chacun, détachant son intérêt de l'intérêt commun, voit bien qu'il ne peut l'en séparer tout à fait ; mais sa part du mal public ne lui paraît rien auprès du bien exclusif qu'il prétend s'approprier. Ce bien particulier excepté, il veut le bien général pour son propre intérêt, tout aussi fortement qu'aucun autre. Même en vendant son suffrage à prix d'argent, il n'éteint pas en lui la volonté générale, il l'élude. La faute qu'il commet est de changer l'état de la question et de répondre autre chose que ce qu'on lui demande ; en sorte qu'au lieu de dire, par un suffrage : "Il est avantageux à l'État", il dit : "Il est avantageux à tel homme ou a tel parti que tel ou tel avis passe." Ainsi la loi de l'ordre public dans les assemblées n'est pas tant d'y maintenir la volonté générale que de faire qu'elle soit toujours interrogée et qu'elle réponde toujours.

 

J'aurais ici bien des réflexions à faire sur le simple droit de voter dans tout acte de souveraineté, droit que rien ne peut ôter aux citoyens ; et sur celui d'opiner, de proposer, de diviser, de discuter. que le gouvernement a toujours grand soin de ne laisser qu'à su membres ; mais cette importante matière demanderait un traité à part, et je ne puis tout dire dans celui-ci.

 

Source : http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre3478.html

 

A écouter ici :

 http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/rousseau-jean-jacques-du-contrat-social-2.html

 

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 00:21

 

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JOYEUX  NOEL

 

 

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 - La cox de Stan -

 

" Voici ma voiture de loisir pour mes balades photographiques dans le POITOU, une VW - Type 1302 fabrication 1971, que j' ai acheté à une Dame de 85 ans. Sa seule et unique auto depuis octobre 1971, elle s' en servait pour ses courses et ses loisirs. Une auto qui n' a jamais souffert du temps et de l' usage. Cette photo a été prise en Juin 2009, elle est belle ma "Grisou".... "

 

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- Le basket à BOURGES - 

 

Sur les panneaux d'affichage de Bourges, la campagne publicitaire pour le club de basket a pour titre "Osez le Tango". Une photo qui nous montre une paire de fesses qui indigne " de très honorables " associations locales. 

Voir l'article ici :

http://www.gilblog.fr/berry_blog/montrer-des-fesses-pourquoi.html /

 

 

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